Le syndrome de l’imposteur : quand ton cerveau te fait croire que tu “ne mérites pas” ta place
- Action NeurOptimum

- 19 janv.
- 5 min de lecture
Tu connais peut-être cette petite voix.
Celle qui te dit, juste après un compliment : « Ils sont fins… ils ne voient pas la vérité. » Celle qui te murmure, avant une rencontre importante : « Si je parle trop, ils vont s’en rendre compte. » Celle qui transforme un succès en accident : « J’ai été chanceux… j’ai été aidé… c’était facile… n’importe qui aurait pu. »
De l’extérieur, tu “fonctionnes”. Tu livres. Tu performes. Tu avances. Mais à l’intérieur, tu as l’impression d’être sur le bord d’être démasqué.
On appelle souvent ça le syndrome de l’imposteur (ou phénomène de l’imposteur). Et avant d’aller plus loin, une précision importante : ce n’est pas un diagnostic officiel dans les manuels comme le DSM, mais c’est un vécu psychologique très documenté.
L’objectif de ce texte est simple : t’aider à reconnaître ce qui t’arrive (ou ce qui arrive à quelqu’un autour de toi), comprendre ce que ton cerveau essaie de faire, et surtout retrouver une posture plus solide ; sans tomber dans la naïveté, ni dans la surperformance qui épuise.

Pourquoi ça arrive à des gens compétents
Ce qui rend le phénomène de l’imposteur si déroutant, c’est qu’il peut toucher des personnes très capables. La recherche montre que la prévalence varie énormément selon les populations et les outils utilisés : dans une revue systématique, les estimations allaient de 9 % à 82 %. Autrement dit : ce n’est pas rare, mais ça ne se mesure pas toujours de la même façon ; d’où les chiffres très variables.
Souvent, l’imposteur intérieur se nourrit de trois moteurs puissants :
Le perfectionnisme : si ce n’est pas parfait, “ça ne compte pas”.
La comparaison : tu te compares au “highlight reel” des autres… pendant que toi tu vois tes doutes en HD.
La peur sociale : la peur d’être jugé, évalué, rejeté.
Sur le plan biologique, ça ressemble beaucoup à une réaction de menace sociale : ton cerveau n’interprète pas seulement “je veux bien faire”, il interprète parfois “ma valeur est en jeu”. Et les situations d’évaluation sociale peuvent déclencher une réponse de stress mesurable, notamment via le cortisol, surtout quand la situation semble difficile à contrôler.
Ce n’est pas “dans ta tête” au sens péjoratif. C’est littéralement ton système de protection qui s’emballe.
Les signes les plus fréquents (et la nuance qui change tout)
Voici comment ça se présente, le plus souvent :
tu minimises tes réussites (“j’ai juste eu de la chance”) ;
tu attribues ton succès à l’extérieur (aide, contexte, timing) ;
tu surprépares, tu surtravailles, tu surcontrôles — par peur d’être pris en défaut ;
tu as de la difficulté à recevoir un compliment sans le neutraliser ;
tu repousses des opportunités par peur de ne pas être “à la hauteur”.
La nuance cruciale : le phénomène de l’imposteur n’est pas l’humilité. L’humilité dit : « J’ai encore à apprendre. »L’imposteur dit : « Je suis un mensonge. »
Et à force de vivre avec cette tension, plusieurs finissent épuisés. La littérature scientifique associe ces sentiments à des liens avec l’anxiété, la dépression et le burnout dans différents milieux.
La spirale la plus dangereuse : la surperformance qui te vide
Le piège classique, c’est celui-ci :
Tu doutes.
Tu compenses en faisant “plus” (plus d’heures, plus de contrôle, plus de perfection).
Tu réussis.
Tu te dis que tu as réussi à cause du “plus”, pas à cause de tes compétences.
Tu renforces l’idée : « Si je ne surperforme pas, je vais être exposé. »
Et tranquillement, ta vie devient un système de prévention : tu ne construis plus pour grandir, tu construis pour éviter d’être “démasqué”.
Comment t’en sortir sans te raconter d’histoires : 6 outils concrets
1) Nommer le pattern, sans dramatiser
Le simple fait de reconnaître “je vis des pensées d’imposteur” peut déjà te redonner une distance. L’APA (Monitor on Psychology) explique que ces sentiments sont liés à des distorsions cognitives et peuvent être travaillés.
2) Passer de “je me sens” à “quelles preuves j’ai ?”
Ton ressenti est réel, mais ce n’est pas toujours un verdict.Exercice rapide (2 minutes) : écris 3 faits concrets qui prouvent ta compétence dans la réalité (résultats, feedback, projets livrés). Tu ne fais pas ça pour te convaincre que tu es parfait. Tu fais ça pour remettre la balance à niveau.
3) Apprendre à recevoir un compliment sans le repousser
Juste “merci”. Point.Ça paraît banal, mais c’est un entraînement : tu enseignes à ton cerveau à ne pas effacer automatiquement les signes de réussite. Des conseils similaires sont proposés dans des approches psychoéducatives grand public (ex. Cleveland Clinic).
4) Chercher un miroir fiable (pas dix avis, un ou deux)
Choisis 1 ou 2 personnes crédibles (mentor, collègue solide, superviseur, ami lucide).Pose une question simple : « Selon toi, c’est quoi mes forces réelles ici, et c’est quoi mon angle mort ? »L’imposteur adore le flou. Le feedback concret le dérange.
5) Sortir du “tout ou rien”
Au lieu de “je dois être excellent”, vise “je dois être compétent et en progression”.C’est souvent là que la performance devient plus stable… et que l’anxiété baisse.
6) Si ça te coûte cher (sommeil, humeur, énergie), va chercher du soutien
Parce que ce phénomène est fréquemment lié à l’anxiété, la dépression ou l’épuisement dans plusieurs études, ça vaut la peine d’en parler avec un professionnel si tu sens que ça t’enferme.
À retenir
Le “syndrome de l’imposteur” (phénomène de l’imposteur) est un vécu courant, mais pas un diagnostic officiel.
Les estimations de prévalence varient beaucoup (dans une revue : 9 % à 82 %), selon les outils et les populations.
Ton cerveau peut traiter l’évaluation sociale comme une menace, déclenchant une réponse de stress (incluant cortisol) dans certaines conditions.
Le piège majeur : la surperformance qui “prouve” à ton cerveau que tu ne mérites pas ta place sans effort extrême.
Des stratégies concrètes existent : preuves réelles, feedback fiable, réception des compliments, sortie du perfectionnisme, soutien si détresse.
En bref...
Si tu vis ça, tu n’es pas seul. Et surtout : tu n’es pas un fraudeur parce que tu doutes.
Le doute n’est pas une preuve d’incompétence. Souvent, c’est le signe que tu es dans une zone où tu grandis… mais que ton cerveau confond croissance et danger.
Le vrai chemin, ce n’est pas de te convaincre que tu es “parfait”. C’est de te réconcilier avec une idée beaucoup plus stable : tu peux être compétent, perfectible, et légitime en même temps.
Action NeurOptimum, pour rendre l’impossible… POSSIBLE!
📍 Boucherville, Québec
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Sources (fiables et vérifiables)
Bravata, D. M., et al. (2020). Prevalence, Predictors, and Treatment of Impostor Syndrome: a Systematic Review. Journal of General Internal Medicine. (PDF) R Jordan+1
APA Dictionary of Psychology (2018). Impostor phenomenon. Dictionnaire APA de Psychologie
Abramson, A. (2021). How to overcome impostor phenomenon. Monitor on Psychology (APA). APA
Cleveland Clinic (2025). Impostor Syndrome May Be Holding You Back. Cleveland Clinic
Dickerson, S. S., & Kemeny, M. E. (2004). Acute Stressors and Cortisol Responses: A Theoretical Integration and Synthesis of Laboratory Research. Psychological Bulletin (PubMed + PDF). PubMed+1
Woody, A., et al. (2018). Social-evaluative threat… and the cortisol stress response. Psychoneuroendocrinology (PubMed). PubMed
Bravata, D. M., et al. (2020). Article page (Springer) – comorbidités/anxiété/burnout. SpringerLink




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